Composter en ville II: le lombricompostage

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Le lombricompostage! Quand je te parlais du compostage collectif de quartier, je t’avais promis le deuxième volet du lombricompost pour composter en ville. Le voici enfin! Tu y trouveras les bases pour pouvoir te lancer dans le lombricompostage! Car oui, il est bel et bien possible de composter en ville. À Paris même, avec un travail à temps plein et des enfants !

Allons-y!

Tout savoir sur le lombricompostage avec Leano du blog autoursduvers.com

Salut Christelle, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour, je m’appelle Christelle, je suis maman de deux garçons de 7 et 9 ans et ingénieur commerciale dans le domaine de la recherche médicale. Mes clients sont chercheurs à l’Inserm, au CNRS, dans les universités et les CHU auxquels je vends des réactifs de laboratoire (des enzymes de PCR pour les laboratoires de virologie ou des anticorps).

À coté et j’anime le blog « Autoursduvers, pour un compost urbain riche en vers ». Le but c’est d’encourager la pratique du lombricompostage et du compost en générale.

Depuis quand et pourquoi tu lombricompostes ? Quels sont tes motivations ?

J’ai un lombricompost depuis 2012 (bientôt 8 ans !). J’ai particulièrement été motivé par :

  • Le fait de savoir que toutes les épluchures que je jetais à la poubelle allaient être incinérées. Sachant que les épluchures sont composées majoritairement d’eau, imaginer qu’un camion poubelle vienne chez moi pour ramasser de l’eau et aille le transporter dans une usine pour ensuite la brûler, je trouvais ça complètement absurde.
  • La prise de conscience que les déchets organiques (épluchures, marc de café…) représentaient un tiers de ma poubelle, et que j’avais un vrai désire de réduire mes déchets. Alors le compost apparaissait comme une solution idéale pour accélérer l’allègement de ma poubelle.
  • Le bonheur de fabriquer mon propre compost moi-même pour pouvoir rempoter mes plantes. En fait, enfant, je faisais ça avec ma mère au début du printemps: on descendait dans le jardin les pots d’azalé pour changer la terre et aérer les racines et les rempoter avec du terreau riche et du compost qu’on avait au fond du jardin. Et je peux maintenant moi-même rempoter mes fleurs, mes jardinières alors que j’habite en appartement sans avoir un seul mètre carré de terrain. 

Comment ta famille a-t-elle réagit ? S’est-elle impliquée dans le processus ? As-tu quelques astuces à partager pour cette réussite ?

Ma famille a bien réagit, nous l’avons en fait décidé ensemble. Ce qui nous a aidé ça a été de voir un modèle de lombricomposteur en vrai, lors d’une vente de notre AMAP (ce sont des fruits et légumes qu’on va chercher les samedis matin au circuit court auprès des producteurs).Cela nous a permis de nous rendre compte de l’encombrement et c’est important de réaliser la place que cela va prendre.

Mon ainé avait 2 ans, et le second a toujours connu le lombricompost dans la cuisine. C’est devenue donc très naturelle de se poser la question : « où je mets ce déchet ? ». Et vraiment le trie fait partie de l’apprentisage, au même titre que l’hygiène, l’écriture, etc… Le trie des déchets, ça s’apprend.

Ce qui est très ludique avec les enfants c’est la récolte du compost ou bien la récolte de vers, car nous sommes de donneurs de vers pour ceux qui commencent l’aventure.

Et une autre activité sympa avec les enfants est de broyer les coquilles d’œufs au mortier, on s’amuse beaucoup à écraser les coquilles d’œufs, à les écrabouiller.

As-tu eu des commentaires de la part de tes voisins d’immeuble ?

Non, jamais. 

En fait notre lombricomposteur est dans notre cuisine, ou sur notre balcon et nous n’avons jamais eu de remarque de nos voisins. On en parle autour de nous, et c’est plutôt de la curiosité : “montre moi où il est”, j’ouvre le couvercle et la remarque c’est « oh, mais, ça ne sent rien, en faite ! » Ou bien, « mais, on ne voit pas les vers ! ».

Alors il faut savoir que les vers n’aiment pas la lumière donc au quotidien quand on dépose les épluchures ils s’enfuient pour se cacher.

lombricomposteur individuel
Composter en ville avec un lombricomposteur individuel

Quels ont été tes plus grandes difficultés et à quel moment les as-tu rencontrées ?

Il n’y a pas vraiment de difficultés, car les vers sont vraiment faciles à vivre contrairement aux enfants, non, je plaisante ! Euuuuh… Il n’y a pas tellement d’opposition de la part des vers de terre. 😉

Au début c’est facile, car on est très attentifs à ne pas mettre trop d’épluchures, à bien humidifier la litière, le tapis, à apporter suffisamment de carton, surveiller la température…

C’est plutôt quand je suis passée à la vitesse supérieure, quand tout roule, qu’on découpe un peu moins les épluchures, on laisse le filtre à café sans le vider ni le découper… Et puis un jour, je ne sais pas ce qui m’a pris, j’ai pris un bouquet de fleurs fané, coupé et sans rien toucher je l’ai mis en vrac, comme ça, et j’ai fermé le couvercle. C’était le printemps, les températures montaient et je suis partie en week-end. Au retour, je soulève le couvercle et… drole d’odeur ! Pas sympatique du tout ! Il y avait eu un départ de fermentation et j’ai découvert ce que c’était d’en mettre trop.

Les vers ont été malades et ils se sont réfugié dans le plateau inférieur. J’ai pris des gants et j’ai dû jeter une partie du plateau où il y avait le bouquet de fleurs. J’ai rééquilibré avec de la poudre de coquilles d’œufs, du carton et j’ai laissé reposer pour que tout cela se rééquilibre.

La leçon a été de ne jamais mettre quelque chose en grande quantité. Il faut vraiment observer et sentir, l’odeur est un très bon indicateur

Passons à la technique, peux-tu nous expliquer brièvement la particularité d’un lombricomposteur ?

Le lombricompost est une boîte fermée, un système hors sol, sans contact avec la terre. Il est généralement en plastique et présente l’avantage de pouvoir s’utiliser en appartement si l’on ne dispose pas de jardin. 

Au départ on dispose d’un étage avec un couvercle qui laisse passer l’air, mais pas la lumière afin de protéger les vers de terre de la lumière; et un “bac à jus” qui permet de récupérer le thé de compost. C’est le liquide qui s’écoule, car comme je l’ai indiqué au début les épluchures contiennent beaucoup d’eau.

Au début on élabore une litière pour les vers avec du carton, un journal, de l’eau, une épluchure de banane, de carotte ou de la salade et des vers de fumier rouges (par exemple enseigna-foetida, mais pas des vers de jardin comme lumbricus-terrestris qui ont besoin de labourer la terre et aller loin dans la terre).

Les enseigna sont très bien adaptés pour ce système. Moi, j’ai démarré en 2012 et j’ai toujours la même famille, donc les générations se succèdent sans problème dans cet environnement. 

Les épluchures vont ensuite commencer à se décomposer grâce à l’action de bactéries et de champignons, et les vers vont alors se nourrir de cela. C’est ainsi un processus aérobien, il faut donc aérer et c’est pour cela qu’on apporte du carton car c’est une matière structurant qui évite la formation d’agglomérat serré.

Le ratio d’apport c’est de 50% de matière brunes et 50% de matières vertes, ce qui correspond au ratio carbone-azote. 

Au fil du temps on ajoute de la matière, des épluchures et une fois le plateau plein, on place un second plateau qui a des trous au-dessus et ainsi les vers vont pouvoir circuler. Et le plateau qui vient de se remplir devient le plateau de maturation et le plateau de dessus c’est celui qui va recevoir les nouvelles épluchures. Et ainsi on pourra continuer en ajoutant de nouveaux plateaux, en fonction du modèle de lombricomposteur.

Au bout de 6 mois, on pourra récolter le compost mûr.

Les roues permettent de déplacer le lombricomposteur
Les roues permettent de déplacer le lombricomposteur

Qu’est-ce qu’on peut ou ne peut pas lombricomposter ?

En quelque sorte tout se composte, mais il y a des recommandations qui sont devenues des règles. Par exemple on dit qu’il ne faut pas mettre de poireaux, de l’ail, des oignons, des agrumes… Le poireaux est vermifuge, après, mettre une toute petite quantité de poireaux à un moment donné c’est possible et ça va bien se composter

Mais comme il est difficile de savoir ce que chacun va y mettre, et que cela pourrait être néfaste si de trop grandes quantités sont déposées, alors on a créé ces interdits.

Puis, ce qui se composte c’est: toutes les épluchures de table (pommes, bananes, carottes, feuilles d’artichaut…) On peut aussi mettre des ongles et des cheveux.

Cependant, la “réglementation” parle plutôt de déchets de cuisine et de table. Donc quand on parle d’un compost individuel il n’y a pas de limite, par contre, si l’on parle d’un compost collectif on va être plus rigoureux sur ce qui est toléré ou non.

Ensuite ce qui est intéréssant aussi c’est d’expérimenter. Moi, j’ai testé un noyau de mangue, que je retrouve effectivement quand je récupère le compost mur. Alors je le remet dans le bac du dessus. Mais j’ai bien pu vérifier que le noyeau fini par s’ouvrir, que les vers s’installent à l’intérieur et qu’il commence petit à petit à se réduire. Ca demande plus de temps, mais il va quand même se décomposer. Ce qui est très intéressant à observer. 

Qu’est-ce qu’on produit avec un lombricomposteur et qu’est-ce qu’on peut faire avec ?

Ce qu’on produit avec un lombricompost c’est du thé de vers aussi connu thé de compost ou lombri-thé. C’est un engrais liquide que l’on récolte dans le bac receveur, et que l’on peut stocker dans une bouteille. Ils s’utilise dilué en proportion 1/5 – 1/10 mélangé à l’eau pour arroser les plantes. 

Ce thé vient des fruits et des légumes, qui sont constitués à 80% d’eau. Cette eau s’égoute vers le bas et traversant le compost elle s’enrichit de minéraux, d’où l’engrais liquide.

Dans un second temps, après quelques mois on va recolter du lombricompost.

A maturation, à la fin du processus, il est composé des matières décomposées et d’éjection des vers, d’où sa couleur brune foncé et une structure granuleuse. On l’appelle aussi “or noir” et il s’utilise pour le rempotage mélangé à du terreau.

Robinet pour récupérer le jus du lombricomposteur
Robinet pour récupérer le jus du lombricomposteur

Où peut-on trouver un lombricomposteur ? Pour les plus bricoleurs, peut-on le faire soi-même ?

Et bien pour les plus bricoleurs on peut le faire soi même. On trouve des tutos sur le net. 

On peut le fabriquer par exemple avec les bacs que l’on appelle bacs gerbables. Ce sont des bacs empilables qui peuvent être soit transparents – auquel cas on peut pendre en noir – soit colorés et opaques, et puis percer des trous pour permettre aux vers et au thé de circuler. 

Une autre possibilité est d’utiliser des bacs en polystyrène, comme ceux des poissonniers. Ce sont aussi de bacs qui s’empilent.

Et sinon on en trouve de plus en plus sur internet, par exemple sur le site verslaterre, ou eco-worms avec des lombricomposteurs un peu plus grands. Et maintenant on peut même les trouver en jardinerie, chez truffo, Leroy Merlin, Bricorama ce qui est une très bonne nouvelle!

Une dernière piste serait de contacter sa mairie ou la collectivité ou la comuneauté de comunes qui proposent maintenant des lombricomposteur gratuitement. Alors, n’hésites pas à te renseigner auprès de ta comunauté, car tu pourrais avoir un lombricomposteur gratuit! 😉

Couvercle du lombricomposteur Eco-Worms
Couvercle du lombricomposteur Eco-Worms

Quels sont tes conseils pour bien démarrer (taille, emplacement, alimentation des lombrics…) ?

Le mot maître pour un bon démarrage est la patience, et de ne pas hésiter ou ne pas se sentir mal de jeter des épluchures dans ta poubelle. Car au début la quantité de vers ne permet pas de digérer toutes les épluchures qu’on souhaiterait leur donner. 

Donc on commence par des épluchures digestes comme la salade, la peau de banane, les épluchures de carottes ou encore le marc de café. Et ensuite il faut s’armer de patience, observer et être vigilant sur le taux d’humidité. Je me souviens ajouter du carton et vaporiser de l’eau pour garder une bonne humidité pour cet écosystème vivant. 

Concernant la taille, ca dépend des foyers. Moi, par exemple, pour mon foyer de 4 personnes j’ai un eco-worms avec trois plateaux qui me convient parfaitement.

Il ne faut pas viser trop petit, car la surveillance du taux d’humidité et la variation de température sera plus difficile.

Par contre, ce n’est jamais trop grand car l’on peut partager avec ses voisins de palier (que ce soit le thé ou le compost) 😉 Ce qui en plus ajoutera de la convivialité dans ton immeuble. 

Une phrase pour motiver les indécis ?

Une phrase… et ben je vais dire: TOUT SE COMPOSTE! 😃

Leano du blog Autourduvers.com
Leano du blog Autourduvers.com

Il ne me reste plus qu’á remercier Leano pour ce partage riche d’informations!! Et espérer que cela vous ait donné envie de vous lancer et d’essayer.

Le lombricompostage n’est pas du tout mon domaine, alors si tu as de questions, n’hésite pas à contacter Leano par le biais de son blog! 😉 Mais tu peux bien évidemment partager tes expériences, si tu lombricompostes chez toi. 🤗

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