Composter en ville I : le compostage collectif

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Composter: la 5ieme règle du Zéro Déchet, tu t’en souviens? Et bien composter en ville, c’est possible! Quelle bonne nouvelle, n’est-ce pas? A l’occasion de la quinzaine du compostage démarrée le 28 mars, j’ai décidé d’interviewer deux experts dans le sujet.

Mais avant de commencer, voyons deux questions basiques :

Le compostage qu’est-ce que c’est ? 

C’est un processus par lequel on valorise nos déchets organiques et obtient un produit semblable à un terreau. On pourra donc s’en servir pour enrichir le sol, les pots de fleurs et autres jardinières.

Le principe consiste à associer des matières vertes et humides (épluchures, herbe fraîchement coupées, feuilles de salade abimées …), à des matières brunes et sèches (boîtes d’œufs, carton alvéolé, copeaux de bois…).

Le tout forme un mélange aéré sans odeurs qui aboutit sur la création d’un produit stabilisé riche en composés humides et minéraux : le compost.

Pourquoi composter ?

Le but initial est de réduire nos ordures ménagères et la pollution associée, car elles sont soit brulées, dégageant des composants toxiques dans l’air, soit stockées dans des décharges, polluant ainsi nos sols.

Composter en ville est-ce possible?

Et oui!

Tu dois savoir que tu peux devenir acteur du changement en proposant, lors des réunions de propriétaires, la mise en place d’un composteur d’immeuble. Mais tu peux aussi faire appel à une association qui puisse t’accompagner dans la démarche.

C’est, par exemple, ce que Mathieu PRADELS, membre de l’asso « Mouvement de palier » à Lyon a déjà pu mettre en place dans quelques quartiers lyonnais. 

Mais c’est lui qui va tout nous expliquer, car j’ai eu la chance de l’interviewer !

Composter en ville c'est possible
Composteurs collectifs sur la Place du Partage, à Lyon
Photo: Mathieu Pradels

Tout savoir sur le compostage collectif de quartier avec Mathieu Pradels

Mathieu, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Bonjour! Je m’appelle Mathieu, j’ai 35 ans, j’habite à Lyon avec ma petite famille dont mes deux enfants qui vont sur leurs 4 et 6 ans. 

Je travaille actuellement à la maison de l’environnement de la métropole de Lyon qui est une structure qui accompagne les citoyens dans la transition écologique. En parallèle, je suis bénévole dans une association qui s’appelle « Mouvement de palier ».

Un composteur collectif, fonctionne-t-il comme un composteur individuel ?

En fait, il existe deux grandes méthodes pour composter : le lombricompostage qui se fait d’une manière individuelle et le compostage qui peut se faire d’une manière plus collective :

  • Le lombricompostage fonctionne notamment avec des verres de terre, qui se nourrissent des épluchures et qui créent plutôt du jus de compost (engrais liquide très bon pour nos plantes) -> on en reparlera la semaine prochaine plus en détail 😉
  • Le compostage collectif, lui fonctionne plus avec de micro bactéries et de tous petits insectes, qui se nourrissent de nos déchets organiques et qui les transforment en compost (du terreau solide, de la matière sèche)

Il y a-t-il des erreurs classiques à éviter ?

Le lombricompost individuel est beaucoup plus restrictif et il faut faire attention à ce qu’on y met. On ne peut pas y mettre tout ce qui est agrumes et oignons par exemple. 

Puis en ce qui concerne le compostage collectif: quand le composteur est installé en ville, en bas d’immeuble ou dans un espace public, on doit éviter d’y mettre de la nourriture cuite ou de la viande parce que cela va attirer des animaux et peut aussi provoquer des odeurs qui dérangerait les habitants.

Si le composteur est au fond d’un jardin dans la campagne, on pourrait y mettre presque tout déchet organique, même alimentaire, puisque ça se dégraderait au bout d’un certain temps. Surtout si le but n’est pas de faire du terreau mais simplement de réduire la poubelle.

Comment s’articule la vie des riverains autour du compostage ?

Un compost de quartier est géré au maximum par une quarantaine de foyers (par rapport au dimensionnement et au volumen de compost à gérer en ville et par rapport à la gestion d’un collectif). On peut se regrouper en association, comme nous. Nous nous sommes organisés avec des permanences hebdomadaires: tous les lundis soir de 19h à 20h, 2 personnes viennent ouvrir les composteurs (fermés à clé en temps normale), accueillir les autres membres de l’association, vérifier ce que les gens viennent mettre dedans, remuer le compost. C’est aussi l’occasion de passer un bon moment, de discuter avec tout le monde et de créer du lien avec les habitants du quartier.

Il faut savoir que pour le compostage collectif, nous travaillons avec trois bacs : un pour l’apport des épluchures, un pour un premier stade de maturation et un autre pour le dernier stade de maturation. 

Puis tous les trois mois on se retrouve tous pour le « retournement », qui consiste à retourner le compost et le passer d’un bac à un autre pour le faire murir. Au bout de 6 mois on peut considérer que le compost est finalisé et prêt à être utilisé.

Et comme on aime aussi se sentir entourés et en famille, on organise des apéros ou des repas partagés.

Composter avec enfants en ville
Composter en ville avec ses enfants c’est possible
Photo: Mathieu Pradels

Et les enfants, comment vivent-ils l’aventure ? 

De notre côté, nous les avons intégrés un petit peu et notamment pour le retournement car les permanences du lundi soir, c’est un peu tard pour eux.

C’est vraiment un moment convivial avec tous les autres habitants: ils ont leur petite truelle, ils peuvent pousser leur brouette. Ils s’amusent autour de nous et ça nous permet de leur montrer comment se transforment les épluchures en compost, mais aussi les petits vers de terre et insectes qu’on peut voir à l’intérieur. En plus on n’est pas la seule famille à emmener nos enfants, ce qui rend le moment encore plus ludique et sympathique pour eux.

Peux-tu nous en dire un peu plus sur ton asso ?

L’association « Mouvements de palier » accompagne, comme on vient de discuter, les composteurs de quartier. Mais elle a pour but principal, de recréer du lien entre les personnes qui habitent un même immeuble, un même quartier ou qui travaillent sur un même lieu.

On utilise la thématique des déchets pour recréer ce lien. En fait, un des objectifs est que le plus de monde possible sache trier ses déchets, pour pouvoir les recycler un maximum; mais surtout les réduire. 

Et ce sujet nous permet de retisser des liens sociaux entre les personnes, voisins ou collègues de boulot.

Pour cela on a pas mal d’actions : formations, activités, animations ou ateliers pour que les personnes puissent devenir Ambassadeurs dans leur immeuble, par exemple. Ainsi ils pourront installer une petite boite à livres dans l’entrée de leur immeuble, distribuer des autocollants « stop pub » pour les boites aux lettres, organiser l’apéro des voisins, faciliter un échange de services et d’objets dans l’immeuble, etc…

Quels sont les démarches à suivre si on veut tenter l’aventure ?

La première étape va être de former un petit groupe de personnes autour de soi. Pour commencer, 3, 4 ou 5 personnes peuvent suffire pour commencer les premières démarches. C’est-à-dire, trouver un lieu où installer le composteur de quartier, commencer à se renseigner auprès de sa commune pour obtenir l’autorisation de mettre les composteurs dans l’espace public. Et éventuellement s’il y a des démarches qui puissent faciliter leur installation.

Nous, par exemple, sur la métropole de Lyon, nous signons une convention avec la métropole et ainsi c’est eux qui nous fournissent les bacs pour composter, du matériel pour débuter, du broyât (matière sèche) pour mettre en plus de nos épluchures. C’est via cette convention qu’on a l’autorisation de s’installer sur l’espace publique, et en contrepartie il faut qu’on monte une association, qu’on ait une structure juridique et que par la suite on s’organise pour gérer de manière satisfaisante ce composteur à 40 foyers.

Pour résumer: se renseigner auprès de sa commune (car ça change de ville en ville) puis regrouper le nombre de foyers suffisants, mais en général ce n’est pas le plus compliqué car on voit une hausse de la demande pour pouvoir composter en ville.

Moment convivial et de partage lors du retournement du compost
Moment convivial et de partage lors du retournement du compost
Photo: Mathieu Pradels

Pour mettre une touche de fun, as-tu une anecdote à partager ? 

Former un groupe d’habitants, monter cette initiative citoyenne de composteur collectif de quartier c’est vraiment une aventure, comme tu le disais, une aventure humaine. C’est quelque chose d’hyper formateur en termes d’écologie, de gestion de projet ou de relations humaines… enfin, il y a plein de choses à apprendre.

Et en plus ça peut faire naitre une nouvelle aventure. Par exemple, parmi notre groupe de 40 foyers nous nous sommes regroupés à une dizaine ayant envie d’aller un peu plus loin. Et au fur et à mesure on a installé une boite à partage sur la petite placette du composteur collectif, on a installé des jardinières partagés (des fleurs) et on a renommé cette placette sans nom en “Place du Partage”.

On a fait tout cela d’une manière très participative avec des votes des habitants du quartier, avec un appel à idées et on essaie assez régulièrement (une fois par saison) de faire une fête de quartier avec des repas à partager, des animations pour les enfants, de la musique pour ramener de la convivialité dans le quartier et créer plus de lien entre les habitants.

Enfin, un dernier mot pour les indécis ?

Participer à ce projet de compostage collectif, en plus de l’avantage écologique qui nous permet de réduire notre poubelle d’un 30%, était une formidable aventure humaine forte du lien social créé tout au long du parcours.

Mais il y a aussi un avantage pratico-pratique: en réduisant notre poubelle on aura moins besoin de la descendre au local poubelle, mais surtout on élimine quasi-complètement le jus de poubelle qu’on a sinon et qui coule, qui colle et qui pue. On se retrouve ainsi, en compostant, avec une poubelle quasiment qu’avec des déchets secs et on a plus ce problème d’odeurs, de jus qui colle et de poubelle percée.

Un mot pour finir ou un bonus pour la fin ?

Je voulais dire un mot sur notre démarche Zéro Déchet en famille et notre mode de vie à Lyon.

Avec Marie, ma femme, nous sommes sensibles aux enjeux environnementaux depuis une quinzaine d’années et on a toujours essayé de faire le maximum à notre échelle. Mais ça a été vraiment avec la naissance de notre premier enfant qu’il y a eu ce déclic qui arrive souvent à ce moment là aux jeunes parents : « quel monde va-t-on laisser à nos enfants ? dans quelle société avons-nous envie qu’ils grandissent ? ». Et c’est là qu’on a accéléré notre investissement dans cette démarche Zéro Déchet avec notamment un lombri-composteur, en faisant nos courses en vrac autant que possible, en cuisinant pour éviter les sur-emballages industriels, en essayant d’organiser nos événenements familiaux en mode Zéro Déchet ou en fabriquer nos produits ménagers et cosmétiques nous-même.

Mais c’est une question qui va beaucoup plus loin, et le fait de vivre en centre-ville nous permet de nous déplacer uniquement en vélo (crèche, école, travail), on a aussi beaucoup de magasins qui font du local, bio et vrac. Et on a pas mal d’autres types de services comme des ateliers de réparation de vélo, d’électroménager ou pas mal d’asso qui peuvent aussi accompagner dans une démarche écologique. On ne prend plus l’avion depuis maintenant quelques années et nos vacances se font plutôt en vélo. 

Enfin c’est un mode de vie complet qu’on essaie d’avoir le plus cohérent possible avec nos valeurs sans forcement se prendre la tête tout le temps. C’est petit à petit, mais en étant engagé qu’on arrive à avancer dans cette démarche écologique.

Famille Pradels Zéro Déchet et engagée à 100
Famille Pradels Zéro Déchet et engagée à 100%
Photo: Mathieu Pradels

Un grand merci!

Il me reste à te dire : Merci beaucoup, Mathieu! 🙏🏼 Vous êtes vraiment une famille inspirante et pleine de vie!

Et maintenant, qu’en penses tu d’un défi?

Si tu aimes les défis le @ReseauCompostCitoyen à lancé le défi #TousauCompost2020 – #ComPostezvotrephoto. Pour plus d’info c’est par ici 👈🏼

Mais peut-être que toi aussi tu es déjà engagé et tu as de quoi nous inspirer! Alors vas-y, raconte nous tes exploits ou tes projets! J’ai hâte de te lire!

À très bientôt!

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